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Nos nouvelles origines...

Dernière mise à jour : 1 déc. 2020


Nos nouvelles origines





L’intérêt de ce reportage magnifique est double, d’abord de vivre la méthodologie scientifique de l’enquête paléontologique et ensuite de comprendre son impact sur notre modélisation de l’évolution des hominidés.


L’enquête paléontologique

Ce qui frappe est le caractère international et multidisciplinaire de l’histoire de la découverte de l’Homme d’Irhoud au Maroc.

En 1960, un ouvrier de la mine découvre sur le site un crâne humain assez complet, noté Irhoud 1.

A l’époque, l’interprétation qui en est faite est erronée. Cependant, Jean-Jacques Hublin, devenu en 2004 directeur du département d'évolution humaine de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig en Allemagne, et Abdelouahed Ben-Ncer, de l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP), persuadés que ce crâne allait changer notre modélisation de l’évolution de l’Homo sapiens en Afrique, lancent une nouvelle campagne de fouilles en 2004.

Grâce à une longue et minutieuse fouille par une équipe internationale utilisant de manière croisée les toutes dernières technologies de datation, de topographie, d’analyse informatique 3D des crânes découverts, d’étude de l’évolution des climats, leur passionnante enquête intégrée aux découvertes préalables va nous offrir une histoire beaucoup plus précise des hominidés dans leur berceau africain.


Impacts sur notre modélisation de l’évolution des hominidés

L’Homme d’Irhoud est en fait le plus vieux Homo sapiens découvert jusqu’à présent : 300.000 ans.

Le berceau de l’Homo Sapiens n’est donc pas uniquement l’Est de l’Afrique mais probablement toute l’Afrique avec un désert du Sahara qui va tour à tour jouer soit le rôle de barrière infranchissable, en période sèche, favorisant des dérives génétiques locales dans les différentes régions d’Afrique, soit le rôle de brasseur de gènes et de coutumes en période humide qui transformait alors la Sahara en savanes arborées et giboyeuses. Durant ces périodes humides, le Sahara a donc joué le rôle de shaker génétique et culturel permettant à la sélection naturelle de favoriser la prééminence des populations génétiquement et culturellement les plus aptes à survivre et à conquérir leurs territoires de chasse.

L’Homme d’Irhoud présente une face très proche de l’homme moderne mais son cerveau est beaucoup moins rond, son cervelet et ses lobes pariétaux sont moins développés. Le cerveau est clairement l’organe dont l’évolution restera la plus importante au cours de l’évolution de l’Homo sapiens. C’est logique, l’Homo Sapiens est un chasseur de la savane, moins bien équipé physiquement qu’un lion, mais dont les capacités stratégiques, d’idéation, de coordination du groupe et de création d’outils vont lui permettre d’atteindre le sommet de la hiérarchie des prédateurs de la savane. C’est bien le perfectionnement de l’efficacité de son cerveau qui a permis à l’Homo sapiens de survire puis de conquérir la savane puis le monde entier.

Une trace de ce perfectionnement cérébral est l’évolution du perfectionnement des outils en pierre ou en os. La vitesse avec laquelle ces outils vont s’améliorer dessine clairement une exponentielle qui s’accélère encore avec la sédentarisation, l’écriture, la méthode scientifique et l’informatisation.

Et pour fermer la boucle, ce sont bien ces outils très perfectionnés, de plus en plus intellectuels qui ont permis à l’équipe internationale et multidisciplinaire de Jean-Jacques Hublin de mieux comprendre notre préhistoire et notre nature de primate frugivore ayant dû s’adapter à la savane africaine plus sèche mais giboyeuse en devenant des chasseurs physiquement peu performants mais de mieux en mieux coordonnés et outillés grâce à un cerveau de plus en plus efficace.


Ci -joint en pdf une ligne du temps commentée pour bien situer les découvertes paléontologiques avec leurs rapports temporels, géographiques phylogénétiques



Nos origines formulaire commenté 112020
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Sources, pour aller plus loin ...





2. Boucher de Perthes, les origines romantiques de la Préhistoire, C. Cohen et J.-J. Hublin, Paris, Belin, 1989, 250 p.


3. Quand d’autres hommes peuplaient la terre : nouveaux regards sur nos origines, J.-J. Hublin et B. Seytre, Paris, Flammarion, 2008, 267 p.


4. The Evolution of Hominin Diets: Integrating Approaches to the Study of Palaeolithic Subsistence, J.-J. Hublin et M.P. Richards, Dordrecht, Springer, 2009, 264 p.




5. Modern Origins: A North African Perspective, J.-J. Hublin et S.P. McPherron, Dordrecht, Springer, 2012, 244 p.


Jean-Jacques Hublin est paléoanthropologue, auteur de nombreux travaux sur l’évolution des Néandertaliens et sur les origines africaines des hommes modernes.

Il a joué un rôle pionnier dans le développement de la paléoanthropologie virtuelle, qui fait largement appel aux techniques de l’imagerie médicale et industrielle, et à l’informatique pour reconstituer et analyser les restes fossiles. Il s’est aussi intéressé à l’évolution des rythmes de croissance et au développement cérébral chez les hominidés ainsi qu’à l’histoire de sa discipline.

Après une carrière de chercheur au Centre national de recherche scientifique, Jean-Jacques Hublin à été nommé professeur à l’université de Bordeaux-I (1999). Il est depuis 2004 professeur à l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig (Allemagne) où il a créé le département d’Évolution humaine. Il a enseigné à l’université de Californie à Berkeley (1992), à l’université de Harvard (1997) et à l’université de Stanford (1999 et 2011). Depuis 2010, il dispense régulièrement des cours à l’université de Leiden (Pays-Bas). En 2011, il a été choisi pour être le premier président de la Société européenne pour l’étude de l’évolution humaine (ESHE) nouvellement fondée.

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